Steffan Rock-coeur country


Son nom sonne bizarre. Normal, c’est un nom de scène et ça doit sonner unique en son genre. On en sait peu sur lui et sa musique ne nous en dit pas plus sur sa personne sinon sur son style. Essayons alors de cerner le personnage en le rencontrant. Pas évident. Pas très disponible. Non qu’il soit une vedette qui ne sait où donner de la tête avec la presse, la radio, la télé, les fans, les groupies. Bien au contraire. Il faut les chercher. L’homme n’est pas très disponible car il travaille ou doit chercher du travail. Il ne vit pas de sa musique, il vit sa musique.

D’où vient ce nom « Steffan Rock » ?

J’ai simplement changé l’orthographe de mon prénom. Je l’ai germanisé car j’aime l’expressionisme allemand en cinéma et en peinture. J’y ai ajouté un « f » car il y a deux ouies en « f » sur ma guitare. « Rock » peut être dit comme un verbe ou un adjectif. Et j’ai dû changer de nom car je suis recherché par les polices française, allemande, italienne et britannique pour des amendes que je n’ai pas payées. Je m’appelle Steffan Rock afin que les flics me laissent en paix. C’est pas une vie facile, croyez-moi, je me balade avec mon étui de guitare comme si elle contenait une arme. Regardez vous-même.

(là, Steffan m’ouvre l’étui qui laisse paraître une magnifique guitare orange ressemblant à un violon ou une contrebasse). En effet, si ça doit tuer quelqu’un, ça sera à coups de décibels… Et que contient votre album « White Trash Blues » ?

Il y en a pour tout le monde. Il y a quelques morceaux rapides, des morceaux lents. Ça cause de voyages en train, d’amour, de baise, de meurtre, d’alcool, de Dieu. Que de choses que je n’ai pas faites sauf les deux premières. Ça peut paraître un peu cliché mais ce sont des choses de la vie. La vie est faite de schémas qui se répètent sur des destins différents.

C’est pas gai, tout çà ! Vous faites dans le gothique ?

En effet, c’est la vie. Ma musique est comme les mains tatouées du pasteur dans « La Nuit Du Chasseur » : amour et haine, déchéance et rédemption s’affrontent constamment. Mais chanter sur les faces sinistres de la vie me permet de les conjurer et de me dire que ma propre vie est beaucoup plus belle. Et si vous y prêtez attention, vous verrez qu’il y a pleins de choses gaies dans ma musique, comme dans la vie.

Dans quelles conditions avez-vous enregistré « White Trash Blues » ?

Ça a été enregistré avec peu de moyens. Je me suis enfermé avec mon guitariste Marv Iron Cross et mon pote ingénieur du son Jesse Sawngun dans la grange de ce dernier à la campagne pour enregistrer ces morceaux. L’ami Sawngun a piloté tout le projet comme un vrai chef ! L’album a été pondu dans la douleur au milieu de poules, de porcs et de vaches. On y a mis le temps car je dois gagner ma vie à côté. Ce n’est pas avec la musique que je vais gagner des millions. Je suis pas trop con, j’ai un peu de culture, peut-être que chez Foucaud à la télé je pourrais en gagner. A côté de cela, on devait enregistrer pendant les sporadiques moments de sobriété de l’ami Cross. Un guitariste potable mais ce n’est pas de l’eau qu’il boit. Il fait plutôt dans l’éthylique.

Vos héros faisaient ou font aussi dans l’éthylique ?

Certains en consommaient, d’autres font plutôt dans le commercial pas forcément légal, la contrebande, quoi. Hank Williams avait une sacré descente et son petit fils Hank n°3 doit avaler ou fumer tout ce qui lui passe sous la main, Johnny Cash, c’était plutôt l’amphét’ mais Dwight Yoakam est sobre comme une pucelle et fume comme une locomotive… électrique. Presley, c’était comme Cash et la plupart des compères de chez Sun Records : les pilules de lendemains difficiles. On dit même que le gars Elvis aurait eu son ticket d’entrée chez Sun Records parce qu’il était le dealer qui fournissait les musiciens du studio. En tout cas, c’est là-bas qu’il a enregistré ses meilleurs morceaux : ni du blues, ni du country mais les deux à la fois avec seulement deux guitares et une contrebasse. Brian Setzer doit siffler un peu de bière mais c’est un pro, on peut toujours compter sur lui, il n’annulera jamais une prestation à cause de l’alcool.

Et vous ?

Pas trop, vous pourrez toujours compter sur moi !

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